Un québecois à Dubai

Posté par : dans voyages le 04-03-11 | Pas de commentaires |

Je reviens de Dubaï. Cette fameuse ville qui fait tant parler d’elle depuis quelques années… et réputée pour sa « démesure ».

La démesure n’a pas commencé à Dubaï mais bien à Londres où nous sommes montés à bord d’un appareil d’Emirates Airlines, un gigantesque Airbus 380, l’avion de ligne actuellement le plus gros à parcourir le ciel. Comment ils réussissent à faire voler cet appareil qui mesure 250 pieds de long et qui pèse près de 600 tonnes (presque la moitié en carburant) au décollage, ça dépasse l’entendement.

Bien sûr, traverser, pour la première fois, Dubaï et ses multiples gratte-ciels provoque un effet d’étonnement mais le vrai dépaysement, je l’ai vraiment ressenti lorsque j’étais assis dans la cour de Robin (mon beau-frère) pour siroter une Smirnoff afin de souligner notre arrivée. C’est alors que j’ai entendu l’appel à la prière (il y en a 5 par jour) venant de la Mosquée la plus proche. C’est un rappel que nous sommes dans un pays où la religion islamique occupe beaucoup de place. Les appels à la prière, on les entendra d’ailleurs de partout en raison de la présence d’un grand nombre de mosquées; on les entendra même dans les centres commerciaux.

Il y a évidemment plusieurs centres d’attraction à Dubaï. Mentionnons d’abord le Burj Khalifa. C’est le nom de ce fameux gratte-ciel qui se veut la plus haute structure du monde (160 étages habitables et 40 autres étages), soit 828 mètres : quand on y pense, c’est près d’un kilomètre. En comparaison, les Tours jumelles du WTC mesuraient 417 mètres, soit la moitié seulement de cet édifice qui est également très beau d’un point de vue esthétique.

Le Burj Khalifa

Lors de la visite, on retrouve des représentations imagées de ce qu’aurait représenté la présence de cet édifice, s’il avait été construit dans les principales villes du monde. Même à New York, les autres gratte-ciels auraient eu l’air tout petits. La montée en ascenseur (le plus rapide du monde) se fait malgré tout en douceur jusqu’au 124ème étage où est situé l’observatoire. On se retrouve alors à l’extérieur de l’édifice et la vue vers le bas est saisissante. Mais celle vers le haut est tout aussi impressionnante : c’est qu’il reste encore, à partir de ce niveau, 75 étages vers le haut, soit l’équivalent de plus de 2 édifices comme le Complexe G à Québec (qu’est-ce que tu veux, à Québec, c’est notre référence quand on parle de hauteur).

Au pied de ce géant, on a construit, entre autres, un lac artificiel de même qu’un gigantesque centre commercial. Gigantesque ? je vous laisse en juger : près de 1200 magasins dont les Galeries Lafayette sur 3 étages, une patinoire (pas vu aucun patineur) de même qu’un aquarium, lui aussi sur 3 étages.

Vue du 124ème étage du Burj Khalifa (et il reste l’équivalent de 80 étages !)

En parlant de « shopping », cette activité constitue l’un des pôles d’attraction autour desquels Dubaï tente de construire son pouvoir attractif auprès des touristes fortunés de la planète. Ainsi, on y retrouve également un autre centre commercial de grande envergure, le Emirates Mall, à l’intérieur duquel est situé le fameux centre de ski intérieur (coût de 250 M$) de Dubaï. Nous avons d’ailleurs tenté l’expérience et les conditions de neige nous ont quand même surpris. La piste fait 260 pieds de largeur et est longue de 1300 pieds (à titre de référence, la pente-école à Stoneham mesure 750 pieds); on remonte en haut de celle-ci au moyen d’un télésiège pour 4 personnes.

Ski intérieur à Dubaï

L’idée de maintenir constamment la température à moins 2 degrés dans ce désert est hallucinante; ainsi, lors de sa construction, faire descendre la température de 40 degrés celsius à moins 2 aurait pris… un mois et ce, malgré des murs de près d’un mètre d’épaisseur. Plusieurs personnes se contentent de passer du temps (sans faire de ski) dans cet environnement si inhabituel pour eux.

Il y a également le Burj-Al Arab, vous savez, ce fameux hôtel qui a l’air d’un voilier. Cet hôtel luxueux, le seul 7 étoiles de la planète, offre ses suites  (il n’y en a d’ailleurs que des suites dans cet hôtel) pour une somme modique qui varie de 1000 $ à 28,000 $…. pour une nuit. De plus, pour vous éviter les désagréments reliés aux encombrements sur les autoroutes, vous pouvez faire atterrir votre hélico directement sur la plateforme ronde située tout en haut de cet édifice magnifique, plateforme d’où Tiger Woods aurait déjà frappé une balle… vers le golfe Persique, je l’espère.

L’hôtel Burj-El-Arab

Et il y a aussi le Palm Islands, cet archipel créé de toutes pièces et où se construisent actuellement, sur les branches de cet immense palmier, des résidences très cossues dont certaines appartiendraient à plusieurs personnalités connues. On y retrouve aussi plusieurs hôtels de luxe de même que l’immense hôtel Atlantis (celui avec l’arche au centre) de couleur rose qui trône à l’extrémité de Palm Islands     .

L’hôtel Atlantis, le soir

Il est possible de faire une randonnée en jeep (Chevrolet Tahoe et Toyota 4-Runner) dans le désert qui est tout à côté. C’est une activité d’ailleurs que je vous recommande. Dépaysement garanti. Les pneus sont légèrement dégonflés avant de partir pour une meilleure adhérence. Le chauffeur a travaillé fort pour provoquer des émotions (avec un certain succès) auprès de ses passagers en conduisant de façon spectaculaire à travers les dunes.

Les Jeeps du désert

Par la suite, arrêt pour le coucher de soleil, randonnée (je devrais plutôt dire « tour ») de chameau et, dans un petit village au milieu de nulle part, souper (mets locaux) accroupis autour de tables placées à ras le sol, danses de baladi (il paraît que, parfois, certains touristes se joignent aux danseuses locales), chicha (grandes pipes comme on voit dans les films du style Lawrence d’Arabie) et, fermeture de toutes les lumières pour apprécier, de façon spectaculaire, le ciel étoilé au dessus de nous.

Campement au milieu du désert

Dépaysant, Dubaï ? Je vous laisse en juger.  Deux gars de la construction qui déambulent sur un chantier vêtus et coiffés comme de vrais ouvriers de chez nous et… qui se tiennent par la main (!!!) Nous avons vu également à quelques reprises des gars qui se tenaient par les épaules. Il ne s’agissait pas d’homosexuels car l’homosexualité y est proscrite mais simplement de gestes d’amitié qui sont, semble-t-il, courants là-bas. Malheureusement, à cause de la circulation, nous n’avons pas eu le temps de sortir notre appareil-photo (je l’aurais transmise à la FTQ).

Il y a aussi les autres activités disponibles, quoique que plus standards, tel la plage et le fameux « Sightseeing Tour Bus » qui permet quand même d’effectuer un bon tour du propriétaire en une seule journée.

Alors Dubaï, c’est le paradis ? Non. Du moins, pas pour tous. Les Émiratiens sont évidemment à l’abri des soucis financiers et les ex-pat…riés (on appelle ainsi les personnes qui viennent y travailler) bénéficient d’un régime fiscal qui fait l’envie des travailleurs du monde entier puisqu’ils… ne paient pas d’impôt.

Cependant, il y a toujours un revers de la médaille. Ici, il s’agit des travailleurs d’origine pakistanaise et indienne qui viennent travailler à Dubaï pour un salaire très bas et dont la situation a souvent été comparée à de l’esclavage. Travaillant parfois sous un soleil de plomb (l’été, la température peut monter jusqu’à 50 degrés Celsius) et effectuant plusieurs heures de travail par jour, c’est aussi grâce à cette main-d’œuvre abondante et presque gratuite que les nombreux projets de Dubaï sont réalisés.

Travailleurs en attente de leur autobus après leur journée de travail

 

Il semble que la position du Gouvernement des E.A.U. à ce sujet est qu’en permettant à ces personnes de venir travailler à Dubaï, on les sort de situations beaucoup plus précaires et ces personnes peuvent, par la suite, envoyer de l’argent au pays pour aider leurs familles qui sont restées là-bas. Il reste que, lorsqu’on les voit le soir attendant en file les vieux autobus blancs qui les ramèneront à leurs campements, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié pour ces personnes qui prouvent encore, si besoin est, que dans la vie, il y a ceux qui sont nés au bon endroit… et les autres. Et il leur est impossible, vous vous en doutez bien, de demander la nationalité émiratienne.

Les nombreuses nationalités se côtoient sans problème et, malgré les écarts importants au niveau de leur situation financière, le taux de criminalité est particulièrement bas et on se sent en sécurité partout. Il faut dire que personne n’a envie de se frotter au système judiciaire car, faut-il le rappeler, la charia est en vigueur aux E.A.U.. Autrement dit, la loi islamique s’applique au niveau du droit civil et pénal. Ainsi, la possession de drogue est évidemment interdite et sévèrement sanctionnée. Tout comme la présence de la moindre trace d’alcool dans le sang du conducteur de voiture. Nez Rouge ferait un tabac là-bas; mais il faut dire que les tarifs des taxis sont raisonnables et ceux-ci y circulent en grand nombre. En parlant d’alcool, il est interdit de consommer de l’alcool dans les lieux publics mais permis de le faire chez soi, dans les hôtels et les restaurants. L’achat d’alcool dans les magasins spécialisés requiert un permis que seul un résident peut obtenir. Et il est interdit « officiellement » d’offrir de l’alcool à un musulman.

Les autorités des E.A.U. imposent aussi à tous  (citoyens, travailleurs étrangers et visiteurs) des règles de conduite conformes aux croyances musulmanes: tenue vestimentaire conforme et interdiction de danser ou de musique forte dans les endroits publics, interdiction d’avoir un comportement disons « affectueux » envers son conjoint…  Voilà qui heurte parfois nos valeurs occidentales de liberté individuelle mais, quand on n’est pas chez soi….

La langue officielle est l’arabe mais l’anglais constitue la langue utilisée par la majorité; en raison du grand nombre de nationalités présentes, plusieurs autres langues sont également utilisées par les représentants des nombreuses nationalités qui viennent y travailler.

Grande mosquée d’Abu Dhabi, que nous avons d’ailleurs visitée

(la seule mosquée que les non-musulmans peuvent visiter)

Parlons géographie. Dubaï n’est pas qu’une ville mais également un des sept émirats des Émirats arabes unis (E.A.U.) .  Situé sur les rives du golf Persique (sur la pointe Nord-est de l’Afrique), le principal voisin de l’E.A.U. est l’Arabie Saoudite; et en face, de l’autre côté du golfe Persique, on retrouve l’Iran. Dubaï compte deux millions d’habitants. Ancienne possession britannique, les E.A.U. ont acquis leur indépendance en 1971 mais conservé malgré tout de forts liens avec la Grande-Bretagne et il n’est pas rare de voir une affiche mentionnant que tel projet a été inauguré en présence d’un membre de la famille royale britannique.

Côté météo, l’hiver a lieu en même temps que nous… et ça demeure la seule ressemblance avec le nôtre. Les mois les plus froids sont décembre et janvier mais la température monte tout de même à 27, 28 degrés le jour pour redescendre toutefois à près de 10 la nuit. L’été, on parle de maximums pouvant atteindre les 45 à 50 degrés celsius : autrement dit, saison à éviter pour les touristes : d’ailleurs, les résidents, lorsqu’ils le peuvent, demeurent sagement à l’intérieur, à l’air climatisé. Même les abris-bus sont climatisés.

Pourquoi tous ces projets démesurés à Dubaï ? Il semble qu’en voulant diversifier son économie et ses revenus, l’émirat de Dubaï a voulu se positionner comme « la » destination touristique incontournable. D’où également ce besoin d’attirer constamment l’attention du monde entier par le biais d’événements sportifs à portée internationale dans différentes disciplines sportives : golf, tennis, courses de chevaux, etc…

Le magnifique Emirates Golf Club où nous avons eu le plaisir de jouer, Robin et moi

D’autant plus que ses réserves de pétrole sont limitées, contrairement à l’émirat voisin d’Abu Dhabi (aussi la capitale des E.A.U.) qui est d’ailleurs venu lui donner un coup de main lorsque les fameux problèmes de financement de tous ces projets sont apparus en 2008. Il faut dire que ces problèmes survenaient en même temps que la chute des cours pétroliers. Il semble d’ailleurs que, suite à l’opération de renflouement par Abu Dhabi, le pouvoir est maintenant davantage concentré dans cet émirat. Des choix ont quand même dû être faits et plusieurs projets ont été interrompus, dont le fameux Dubaï World, ces îles construites avec la forme des cinq continents; on aperçoit d’ailleurs à Dubaï plusieurs édifices dont la construction a également été stoppée.

Mais ne mettez pas trop vite sur pied une Fondation pour les aider. Les E.A.U., avec une population de 5 millions d’habitants, possèdent quand même 10 % des réserves pétrolières mondiales.

Ah oui, j’oubliais. Puisqu’on parle des habitants des E.A.U., il faut mentionner aussi…. les chameaux. Les leurs ont une seule bosse;  je sais, ce sont supposés être des dromadaires, mais eux, ils appellent ça des chameaux (camels en anglais); désolé, je n’ai pas eu le temps d’élucider ce mystère. Dès qu’on sort de la ville, on en aperçoit plusieurs et ils semblent d’ailleurs en liberté, ce qui peut paraître étonnant lorsqu’on songe à la légende qui dit que les Arabes leur accordent beaucoup de valeur et sont prêts à en échanger un pour… une femme occidentale. Avant que vous ne me posiez la question… : je n’ai pas reçu d’offre de ce genre.

En résumé, si vous avez envie de faire un voyage hors de l’ordinaire dans un pays qui offre à la fois un environnement ultra-moderne avec de nombreuses possibilités d’activités (je n’en ai mentionné que quelques-unes) et un autre qui nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, le désert constituait leur lieu de résidence, Dubaï ne vous décevra pas.

 

Merci encore à nos hôtes, Robin et Annick,  pour leur extraordinaire hospitalité.

René Hébert